Compte en dirhams convertibles : le compte à ouvrir avant d’acheter au Maroc
Le compte en dirhams convertibles décide de ce que vous pourrez sortir du Maroc le jour où vous revendrez. Beaucoup de MRE l’apprennent trop tard, une fois l’acte signé et l’argent déjà arrivé par un canal qui ne laisse aucune trace exploitable. À ce stade, le problème n’est plus vraiment réparable.
La règle de fond tient en une phrase : vous pouvez ressortir du Maroc ce qui y est entré en devises, à condition de pouvoir le prouver. Tout le reste découle de là.
Ce que ce compte change concrètement
Un compte en dirhams convertibles est un compte bancaire ouvert au Maroc, réservé aux MRE et aux étrangers non résidents. Vous y versez des euros, des dollars ou des livres. La banque les convertit en dirhams, mais les fonds gardent leur caractère convertible : ils restent rattachés à une entrée en devises, et cette trace vous suit.
La différence avec un compte marocain ordinaire n’apparaît qu’au moment de la revente. Avec un compte convertible, le produit de la vente peut repartir vers votre pays de résidence. Sans lui, vous vous retrouvez avec des dirhams sur un compte interne, dans un pays où le dirham n’est pas librement convertible, et où sortir des capitaux relève d’une procédure d’exception.
Le bien, lui, vous appartient dans les deux cas. Vous pouvez l’habiter, le louer, le transmettre. C’est la sortie de l’argent qui bloque, pas la propriété.
Qui est concerné
L’Office des Changes inclut les MRE dans sa définition de l’investisseur étranger. La condition est explicite et c’est la seule qui compte vraiment : l’investissement doit être financé par des devises rapatriées via le circuit bancaire agréé.
Autrement dit, votre statut de MRE ne suffit pas à lui seul. Ce qui déclenche la protection, c’est le chemin qu’a pris l’argent. Un MRE qui achète avec des dirhams accumulés localement, ou avec des espèces apportées à la main, ne bénéficie pas du régime de convertibilité pour cette acquisition. Un étranger sans aucune attache marocaine qui vire ses euros par une banque agréée en bénéficie.
C’est le circuit qui compte, pas le passeport.
Une confusion très répandue sur la déclaration
Ici, il faut être précis, parce que la quasi-totalité des articles disponibles en ligne racontent la même chose et que cette chose ne correspond pas à ce qu’écrit l’administration.
De nombreux sites affirment qu’une déclaration à l’Office des Changes est obligatoire dans les trente jours suivant le transfert des fonds, sous peine de perdre la garantie de transfert. La formulation est reprise presque mot pour mot d’un site à l’autre.
Or la foire aux questions publiée par l’Office des Changes indique que les investisseurs étrangers n’ont aucune obligation de déclaration auprès de l’Office. Elle précise en revanche que les investisseurs doivent conserver les documents de règlement.
Les deux affirmations ne disent pas la même chose. La première décrit une formalité administrative à accomplir dans un délai. La seconde décrit une obligation de conservation de preuves, sans délai ni démarche.
L’explication la plus probable est que l’obligation déclarative a existé puis a été supprimée lors d’une refonte de la réglementation, et que les articles publiés depuis recopient une règle périmée. L’Instruction générale des opérations de change est révisée régulièrement, et une nouvelle version est entrée en vigueur au 1er janvier 2026.
Ce que cela implique pour vous : ne vous fiez pas au délai de trente jours que vous lirez partout, mais ne relâchez surtout pas l’effort documentaire. Ce n’est pas parce qu’aucune déclaration n’est exigée que la preuve devient facultative. C’est même l’inverse, puisque votre dossier personnel devient la seule trace.
Faites confirmer ce point par votre banque et par votre notaire, en leur demandant sur quel texte ils s’appuient. Un professionnel sérieux vous citera l’article applicable.
Les documents à garder
Le jour de la revente, personne ne se souviendra du virement que vous avez fait dix ans plus tôt. Votre dossier sera votre seul argument.
Conservez les avis de virement de chaque envoi depuis l’étranger, en veillant à ce que le motif mentionne l’acquisition immobilière plutôt qu’un libellé vague. Gardez les formules de change ou avis de crédit émis par la banque marocaine, qui attestent la conversion des devises en dirhams. Gardez les relevés du compte convertible couvrant toute la période, et l’acte de vente définitif avec sa référence au titre foncier.
Numérisez tout et stockez les copies ailleurs que sur un seul ordinateur. Dix ans, c’est long, et les banques changent de système d’information.
Un détail qui coûte cher : si vous financez l’achat en plusieurs virements étalés dans le temps, chacun doit être documenté séparément. Un dossier complet à quatre-vingts pour cent ne protège que quatre-vingts pour cent de la somme.
Ouvrir le compte depuis l’étranger
Les principales banques marocaines disposent de représentations en Europe, ce qui permet d’engager l’ouverture sans se déplacer au Maroc. La procédure exige au minimum une pièce d’identité, un justificatif de résidence à l’étranger et un justificatif de revenus. Les banques appliquent leurs propres exigences documentaires en plus du cadre réglementaire, et elles varient d’un établissement à l’autre.
Deux questions à poser avant de signer quoi que ce soit, parce qu’elles déterminent la suite.
La première : le compte que l’on m’ouvre est-il bien un compte en dirhams convertibles, et non un compte en dirhams ordinaire ? La distinction n’apparaît pas toujours clairement sur les documents commerciaux, et un conseiller peu familier de la clientèle non résidente peut ouvrir le mauvais produit sans mauvaise intention. Demandez que la nature du compte soit écrite noir sur blanc.
La seconde : quels justificatifs la banque conservera-t-elle de son côté, et lesquels dois-je archiver moi-même ? Vous obtiendrez rarement une réponse complète, ce qui est en soi une réponse : archivez tout.
Le financement par crédit
L’Office des Changes prévoit que les non-résidents et les MRE peuvent obtenir un crédit immobilier finançant jusqu’à quatre-vingts pour cent du prix du bien, le solde devant être apporté en devises.
Ce montage a une conséquence directe sur la convertibilité. La part financée par crédit local n’est pas entrée en devises. Elle ne bénéficie donc pas du même régime que l’apport. Au moment de la revente, la fraction transférable se calcule sur ce qui est réellement venu de l’étranger, pas sur le prix de vente total.
Faites poser la question avant de monter le financement, et demandez une réponse écrite. La réponse dépend de la structure exacte du prêt et il n’existe pas de règle unique qui couvre tous les cas.
Ce qui se passe si le régime ne s’applique pas
Rien de dramatique à court terme. Vous êtes propriétaire, vos droits sur le bien sont entiers, vous pouvez le louer et percevoir les loyers.
La difficulté arrive à la sortie. Le produit de la vente reste sur un compte marocain non convertible. Le transférer suppose une autorisation spécifique de l’Office des Changes, examinée au cas par cas, sans garantie et sans calendrier prévisible.
Un cas particulier mérite d’être connu. Lorsqu’une cession intervient entre deux non-résidents, elle peut être réglée directement à l’étranger, sans que les devises transitent par le Maroc. L’acquéreur hérite alors du statut de convertibilité attaché au bien, ce qui préserve la garantie pour les opérations futures. Les frais liés à la transaction, enregistrement et inscription foncière, doivent en revanche faire l’objet d’un rapatriement de devises ou être prélevés sur un compte en devises ou en dirhams convertibles.
Cette mécanique explique pourquoi un bien détenu sous régime de convertibilité se revend plus facilement à un autre non-résident : l’acheteur sait qu’il récupérera son argent.
L’ordre des opérations
L’erreur la plus fréquente n’est pas d’ignorer le compte convertible. C’est de l’ouvrir dans le mauvais ordre.
Le compte doit exister avant le premier versement significatif. Beaucoup d’acheteurs versent l’acompte du compromis depuis leur banque européenne vers le compte du notaire, puis ouvrent le compte convertible plus tard pour le solde. L’acompte, souvent dix pour cent du prix, se retrouve alors hors du dispositif.
Sur un bien à un million de dirhams, cela représente cent mille dirhams qui ne repartiront pas.
L’ordre à respecter : ouvrir le compte convertible, y faire arriver les devises, puis payer depuis ce compte. Y compris l’acompte. Y compris les frais.
À vérifier avant de signer
Trois points valent la peine d’être confirmés par écrit, auprès de votre notaire et de votre banque, avant l’acte définitif.
Que le compte est bien un compte en dirhams convertibles, avec la mention figurant sur un document bancaire. Que l’intégralité des fonds, acompte compris, a transité par ce compte. Et que le notaire dispose des justificatifs d’origine des devises pour les annexer au dossier.
Un notaire habitué à la clientèle MRE traitera ces questions comme une routine. S’il paraît surpris ou évasif, c’est un signal. La réglementation des changes n’est pas une spécialité exotique, c’est le quotidien de tout notaire qui travaille avec des non-résidents.
Cet article décrit un cadre réglementaire qui évolue. L’Instruction générale des opérations de change fait l’objet de révisions régulières et une nouvelle version s’applique depuis le 1er janvier 2026. Les informations ci-dessus sont issues des publications de l’Office des Changes et de sources professionnelles consultées en juillet 2026. Elles ne remplacent pas l’avis d’un notaire ou d’un conseil juridique sur votre situation. Sur les points où les sources publiques se contredisent, nous l’avons signalé plutôt que de trancher.
Sources
- Office des Changes, foire aux questions
- Office des Changes, transfert de revenu d’investissement MRE
- Instruction générale des opérations de change
- Upsilon Consulting, investissements étrangers et garantie de transfert